En
introduction, et pour présenter notre fonctionnement un petit rappel pour ceux
qui ne nous connaissent pas bien :
Nous sommes 2 anciens ingénieurs en mécanique
industrielle qui avons décidé de nous lancer dans un projet agricole début
2011. Démissions posées, nous commençons des boulots saisonniers en juillet
2011 proche de la ferme de la famille de Marie (une ferme familiale -papa
tonton tata- de 200
hectares de céréales et 50 vaches, en bio depuis 2002).
A l'automne 2011, l'opportunité
de reprendre une exploitation maraîchère bio sur 1,5 ha ( = 15 000m² dont
1000m² de serres non chauffées) dans le village de la ferme familiale s'offre à
nous.
« Forts » de nos 3 mois
d'inexpérience agricole, nous nous entourons de la famille pour la logistique
et l'avance de fonds, de maraîchers et techniciens pour les conseils, entamons
une formation à distance, et nous lançons dans ce projet pour démarrer les
cultures en janvier 2012. C'est
à cette époque que Gwenaëlle nous contacte pour approvisionner l'AMAP en cours
de création de la cité des sciences. Le temps que ça pousse, et en juin 2012,
nous commençons avec vous nos premiers paniers....
Aujourd'hui, nous fonctionnons avec 3 AMAP en
région parisienne (qui représentent en équivalent « grands paniers »
90 paniers), 1 restaurant, nous vendons tous les samedis matins sur place, et
nous écoulons nos surplus à 2 magasins BIOCOOP de la région.
Quelles sont vos satisfactions depuis
que vous avez lancé l'amap ?
Les amapiens contents de leurs paniers !
Le métier est très prenant (en temps et en soucis!) et difficile physiquement
et ça fait toujours plaisir de voir que l'on ne se donne pas a fond pour
rien ! Bien sûr on ne peut pas contenter tout le monde tout le temps, mais
les compliments sur la qualité des paniers font toujours chaud au cœur.
Qu'apporte le fait d'être en Amap par
rapport au fonctionnement traditionnel ?
Le fonctionnement en AMAP est très rassurant
pour les producteurs que nous sommes. Nous avons l'assurance de vendre la
quasi-totalité de ce qu'on l'on plante / sème pour une saison complète. C'est
un énorme avantage par rapport aux producteurs qui ne vendent qu'en marchés,
qui ont une clientèle plus ou moins aléatoire.
De plus les amapiens sont souvent plus
compréhensifs sur la « présentation » des légumes, et du coup, on
gaspille beaucoup moins, car on ne calibre pas forcément nos légumes ( un
concombre tordu est tout aussi bon qu'un concombre bien lisse et bien droit ).
En contrepartie, nous sommes conscients
qu'imposer les légumes de la semaine à nos clients est un jeu difficile, car il
faut essayer de contenter le plus de gens possible, en jonglant avec notre
production, nos rendements, la météo etc.
Quelle est la partie de travail que
vous aimez le plus (et le moins) ?
Les plus :
·
être maître de son temps ! Organiser sa journée, sa semaine, son
année même, du début à la fin, en décidant de tout soi même. Être son propre
patron quoi !
·
Travailler en plein air, à la campagne, en étant convaincu
qu'avec un mode production biologique, notre impact sur l'environnement est
moindre, et qu'on n’enrichit pas des fournisseurs de produits phytosanitaires
dégueus qui tiennent les agriculteurs dans une spirale immorale, dans une
région où agriculture rime surtout avec gros tracteur-gros
pulvérisateur-exploitations de plus en plus élargies, etc.
·
Faire
partie d'une économie locale à travers les AMAP qui sont des lieux de
rencontres, ou à travers notre petit magasin à la ferme qui nous permet de
tisser des liens avec nos voisins.
Les
moins :
·
Qu'il
pleuve, neige, vente ou fasse un soleil de plomb, ou qu'on soit dimanche après
midi, des fois, quand faut y aller …
·
la
difficulté de relativiser notre grande dépendance au climat et aux attaques de
bestioles en tout genre.
·
Faire
les bottes de radis ! Une bonne corvée ...
Quelle est la journée de travail type ?
Quelle est la journée de travail type ?
Nous distribuons nos
3 AMAPs les mardis. Donc dès le dimanche soir nous décidons approximativement
de ce qu'il y aura dans les paniers de la semaine. Le lundi est consacré aux
récoltes et à la préparation des paniers, souvent une journée bien
remplie ! Le mardi, nous allons chacun notre tour en livraison :
après la cueillette des « verdures » (salades, mâches, etc), départ
10h, pour une première distribution à Argenteuil de 12h15 à 13h30, la livraison
de votre AMAP entre 16h30 et 18h, puis la dernière entre 19h et 21h dans le
20eme arr. Retour à la maison vers 23h. Les mercredis,jeudis et vendredis
matins sont généralement consacrés à la culture en elle-même : préparation
du sol (avec tracteur et outils attelés), semis ou repiquage des plants (que
nous recevons toutes les 2 semaines), désherbage (manuel ou avec une bineuse
montée sur le tracteur), entretien des cultures (taille, buttage, traitements,
…). Le vendredi après midi est consacré à la préparation de notre vente à la
ferme du samedi matin, qui se déroule de 10h à 13h. Nous essayons de travailler
le moins possible le week-end, mais entre début mai et fin septembre, c'est
pratiquement impossible. Il y a également un gros travail administratif, de
commandes, de factures, de comptabilité, car nous mettons en culture et vendons
pratiquement toute l'année.
Sans pesticides comment faites vous face aux maladies ? comment nourrisez-vous les sols ?
Une agriculture sans
pesticide ne veut pas forcément dire sans traitements : il y a des
produits autorisés en agriculture biologique dans des proportions restreintes
et contrôlées, qui sont des produits naturels (i.e. Soit des minéraux/extraits
minéraux (souffre contre les champignons d’oïdium, cuivre ou bouillie
bordelaise contre le mildiou, etc) soit des extraits de plantes (purins d'ortie
pour renforcer les plantes, purin d'ail pour éloigner les pucerons, ...)).
Nous pouvons
également mettre en place la « lutte biologique » contre les attaques
de parasites : il s'agit d'insectes « auxilliaires » qui sont
élevés en ruches puis lâchés sur les cultures et qui sont les prédateurs
desdits parasites. Ils rétablissent l'équilibre des populations, surtout sous
serre ou le climat confiné est propice au développement très rapide des
insectes et acariens.
Mais dans la plupart
des cas, il faut surtout savoir accepter qu'il n'y a rien à faire et garder
espoir pour les cultures suivantes ! Nous avons par exemple, cette année,
perdu une planche (c'est à dire une bande de terre de 1,5m x 50m dédié à une
seule culture) de concombres en mois de 3 jours car les acariens s'y sont
développés trop rapidement pour qu'on puisse intervenir avec un lâché
d'insectes auxiliaires.
Au niveau des engrais, nous travaillons avec
le compost du fumier des vaches de la ferme familiale, et nous complétons par
l'achat de compost en granulés de fientes d'oiseaux (riche en azote) et nous
achetons également des minéraux qui sont en trop faibles proportions pour la
culture légumière dans le compost. Notre système de production, plutôt
traditionnel, a besoin d'apports constants en matière organique (=compost) et
minéraux, pour que les légumes poussent correctement.
Réutilisez-vous les
graines ?
Nous ne réutilisons
pas nos graines, car c'est un énorme travail de collecte et de préparation, de
tests et de stockage, sans avoir l'assurance de la bonne qualité des graines.
L'équilibre économique en maraîchage, bio de surcroît, ne tient pas à
grand-chose, et il est plus que nécessaire d'avoir des graines et des plants de
bonne qualité : il y a tellement d'autres facteurs qui peuvent nous mettre
en difficulté entre le début et la fin d'une culture qu'il nous est
indispensable de nous assurer à la base. Cette année, nous avons perdu plus d'1/3
des poireaux que nous avons repiqués car les plants étaient de mauvaise
qualité.
Faites vous de la biodynamie ?
Nous ne pratiquons
pas la biodynamie. Étant tous deux de culture plutôt scientifique, les cotés
empiriques et/ou « ésotériques » de la culture en biodynamie nous
laissent perplexes. Mais nous sommes prêts à nous convertir si des explications
logiques et rigoureuses viennent en étayer les pratiques.
Nous voudrions
cependant essayer d'être le moins dépendants possible de ce qu'on achète et
organiser un équilibre « autarcique » sur l'exploitation, et pourquoi
pas tenter de mettre en place la permaculture. Mais c'est un travail technique
important et pour l'instant, nous allons surtout nous concentrer pour gagner un
peu d'expérience avant de nous lancer dans ce type d'aventure !
à partir de quel catalogue choisissez-vous vos produits ?
Nous travaillons
surtout à partir de plants pour la majorité des légumes (c'est-à-dire que nous
achetons des petits mottes de terre dans lesquelles une graine a déjà germé) ce
qui permet aux légumes d'avoir de l'avance sur les mauvaises herbes et d'éviter
les problèmes de pourrissement des graines en semis direct.
Nous nous
approvisionnons chez un petit fournisseur ( BIOPLANTS) basé dans le
pas-de-calais et qui fait des livraisons groupées en Picardie.
Pour tous les
légumes-racines, impossibles à faire en plants, ainsi que les haricots et les
petits pois, nous achetons nos graines dans la gamme bio du fournisseur VOLTZ.
Pour être certifié en AB, il nous est interdit d'acheter des graines non
certifiés « bio », comme nous aimerions, par exemple, en acheter chez
Kokopelli .
Quelles sont les
difficultés que vous rencontrez actuellement ? avez-vous des idées pour
améliorer les choses ?
Actuellement, nous
sommes dans la saison calme de l'année, et nous n'avons pas forcément de
problème au niveau des cultures en elles-mêmes. Par contre, les grands froids
arrivent et il va falloir qu'on trouve des moyens de protéger du gel nos
légumes qui sont restés dehors, sous les serres (salades, mâches, épinards,
blettes), et également les stocks que l'on a rentrés dans les bâtiments.
Quelques ballots de paille et un petit radiateur d'appoint pour les stocks à
l'intérieur, et 1 ou 2 couches de voiles de forçage pour les verdures sous
serre feront l'affaire, on espère !
L'année s'est plutôt
bien déroulée, et notre seul souci est l'eau : L'exploitation, lorsqu'on
l'a reprise, était arrosée avec l'eau du réseau. Arroser avec de l'eau chère et
potable ne nous convient pas, et nous avons décidé d'investir près de 20 000 €
dans un forage. Malheureusement, celui-ci ne donne pas un débit d'eau assez
important pour qu'on puisse arroser avec, et il va nous falloir trouver un plan
B....
avez-vous réussi à vous salarier, et si oui envisagez vous d'embaucher une personne pour vous aider ?
avez-vous réussi à vous salarier, et si oui envisagez vous d'embaucher une personne pour vous aider ?
Cette année,
l'objectif pour nous était surtout technique, pour tenir nos engagements
vis-à-vis des AMAP, à savoir fournir des légumes toutes les semaines, en
plaçant la rentabilité de notre affaire en second plan, pour nous permettre de
faire toutes les erreurs possibles sans se prendre la tête. Nous avons, à notre
avis, pas trop mal réussi ce 1er objectif, et en faisant les
comptes, la situation n'est pas catastrophique ! Cependant, nous ne
produisons pas assez pour pouvoir en vivre tous les deux et rembourser les
prêts que nous avons fait pour lancer notre activité. Nous espérons augmenter
un peu le nombre de paniers l'année prochaine, et pourquoi pas faire un marché
supplémentaire. Nous aimerions vraiment créer au moins 1 emploi salarié à plein
temps (pour lui faire faire les bottes de radis!) mais nous attendons d'avoir
atteint notre « régime de croisière » pour cela, qui arrivera
sûrement en 2014.
et enfin qu'aimeriez vous dire aux amapiens que vous n'avez pas eu l'occasion d'exprimer ?
et enfin qu'aimeriez vous dire aux amapiens que vous n'avez pas eu l'occasion d'exprimer ?
D'abord, nous vous
remercions de votre engagement, car comme nous l'avons précisé, la
commercialisation en AMAP est un véritable confort pour les producteurs, et
nous sommes conscients que cet engagement n'est pas forcément facile pour vous !
Profitez de ce que
l'AMAP offre une relation privilégiée entre producteur et consommateur pour
nous dire ce qui va, ce qui ne va pas, ce que vous aimeriez, pour nous poser
des questions, etc. Profitez-en également pour faire connaissance avec les
collègues que vous ne croiseriez pas sans l'AMAP














